
Le ventre plein, les bras chargés de cadeaux, réfléchissant à ma tenue de réveillon, je vais pouvoir vous parler de l'une de mes plus grandes passions : les livres. Confidences pour confidences, sachez que je suis féru de lecture. Vous pourrez d'ailleurs trouver certains des livres que j'ai récemment lus dans la catégorie "A lire, à voir" de WiCare.
J'ai envie aujourd'hui de vous parler de deux auteurs un peu particuliers, puisqu'ils font partie tous deux du domaine de la santé. L'un est médecin, l'autre infirmier. Il s'agit de Martin Winckler et William Réjault. Je connaissais le premier, et me suis lancé dans la lecture de son nouveau roman Le choeur des femmes sans hésiter, alors que j'ai entendu parler du second sur les réseaux sociaux en vogue. La découverte de son premier recueil de nouvelles La chambre d'Albert Camus a été pour moi une agréable surprise.
Commençons par Martin Winckler. Médecin atypique et souvent conspué, il est déjà l'auteur de nombreux romans, essais et ouvrages de vulgarisation médicale. Son livre La maladie de Sachs a même été adapté au cinéma. J'avais, pour ma part, lu Les trois médecins alors que j'étais en première année de médecine, et cela m'avait conforté dans mon désir de devenir soignant. Martin Winckler est un médecin profondément humain, favorisant le dialogue et l'écoute à la technique, refusant les "conseils" des laboratoires pharmaceutiques... Ce qui transparaît énormément dans ses écrits. Le choeur des femmes raconte l'histoire d'un interne brillant, promis à une carrière pleine de succès, de renommée et d'argent. Jusqu'au jour où, sur les recommandations d'un des pontes de son CHU, il doit effectuer son dernier stage dans le service du Dr Karma, un service de "médecine de la femme". Jean - l'interne - est tout d'abord effaré à l'idée de passer des mois à prescrire des pilules, lui qui, chirurgien de vocation, ne jure que par les scalpels et les points de suture. Mais, petit à petit, la pratique de la médecine telle que la conçoit Karma va intéresser l'interne plus qu'il ne pouvait l'imaginer, et une relation de complicité va s'installer entre les deux soignants. Dans ce roman, il est question de femmes, de contraception, de laboratoires, de douleur, de famille, d'hermaphrodites, de soin, d'amour, de vocation, mais surtout du rôle et de la place d'un médecin dans la société d'aujourd'hui.
Ce roman m'a donné envie de croire que la médecine telle que je la conçois - humaine et généreuse - a encore une place dans nos hôpitaux. Le dernier livre de William Réjault s'ouvre sur une phrase d'André Grimaldi, chef de service de diabétologie à la Pitié-Salpétrière, que je me permets de partager avec vous : Dans les réunions, on ne parle plus que d'euros (...). Nous avons discuté récemment avec le conseiller de Nicolas Sarkozy. Il nous a dit : "Je ne vois pas de différence entre l'hôpital et l'industrie aéronautique." Mais de quoi parle-t-il ? En lisant cela, on est en droit de se demander si le nom d'Hippocrate a encore une raison d'être de nos jours. Martin Winckler y croit. Du coup, moi aussi.
Quant à William Réjault, je ne le connais pas assez - je suis en train de lire un autre de ses livres, je vous en parlerai - , mais pour avoir lu son blog et échangé deux mots avec lui sur Twitter - je vous en parlerai aussi - , je me plais à croire qu'il partage ma vision de la médecine et du soin. Son premier ouvrage, La chambre d'Albert Camus, publié sous le pseudonyme de Ron l'infirmier, est un recueil de nouvelles. Tantôt cocasses et amusantes, tantôt choquantes, voire révoltantes, tantôt émouvantes à donner la chair de poule. William Réjault a été infirmier pendant de nombreuses années, dans de nombreux établissements ou en tant que libéral. Son expérience, partagée avec honnêteté et franc-parler est, entre rires et larmes, un aperçu du métier d'infirmier dans un système plein de lacunes. L'oeuvre ne peut pas être prise comme un documentaire exhaustif, mais doit se lire comme un point de vue sur la diversité et la complexité d'un métier formidable. Le style est fluide, très agréable. Dès les premières pages, la connivence s'installe et on écoute avec plaisir les anecdotes de William/Ron.Je ne peux que vous conseiller la lecture de ces deux ouvrages. Leurs auteurs et leurs personnages sont, à mon humble avis, de véritables héros. Des héros de livres, des héros de société.
Écrire ce billet me fait penser à un autre soignant à la plume acérée. Grange Blanche, le blog d'un cardiologue, mérite lui aussi, si vous en avez le temps, votre attention. Certains de ses récents billets dénoncent sans tabou l'influence des laboratoires pharmaceutiques sur les médecins et le soin.
N'hésitez pas à nous faire part de vos lectures et vos goûts littéraires. Le blog de l'équipe WiCare peut aussi être un club de lecture, après tout, non ?
Au plaisir,
Hugo.
A lire :
Martin Winckler - Le choeur des femmes
P.O.L. - 2009 - 602 p. - 22,80€
Le site de Martin Winckler
Ron l'infirmier/William Réjault - La chambre d'Albert Camus
J'ai lu - 2008 - 237 p. - 5,60€
Le site de William Réjault
Grange Blanche, le blog d'un cardiologue
La photo qui illustre ce billet a été prise par Merry-Blues et provient de Flickr, sous la licence CC
Merci beaucoup pour la citation, et bonne continuation pour 2010!
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