Par le plus grand des hasards, nous nous sommes trouvés avec un exemplaire du roman Long week-end, de Joyce Maynard entre les mains, et nous n'avons pas été déçus ! Ancienne amie du regretté J.D. Salinger, Joyce Maynard était surnommée à ses débuts la Françoise Sagan américaine. Ce dernier roman, Long week-end, impressionne par sa trame et le souffle quasi-cinématographique qui grandit au fil des pages. (Une adaptation sur grand écran serait d'ailleurs déjà prévue.) L'histoire aurait pu être simple : Henry, adolescent, vit seul avec sa mère Adele, depuis le départ de son père. Adele, un peu secouée par les rudesses de sa vie, mène une existence d'ermite, sans sorties ni amies. Elle limite ses déplacements hors de sa maison au strict nécessaire, allant jusqu'à amasser des dizaines de boîtes de conserve dans ses placards. Jusqu'au jour où, au détour d'une exceptionnelle virée au supermarché, Henry rencontre Franck, tout juste évadé de prison. Sans trop se poser de questions, l'enfant et sa mère vont ramener cette force de la nature sanguinolente chez eux, pour le protéger, durant un long week-end. Pour les trois protagonistes, cette courte période sera l'occasion de se regarder, de se connaître, de se comprendre, de s'aimer et se détester. Ces quelques jours caniculaires seront le temps d'un huis-clos poignant, plein de sentiments et de ressentiment.Même si le mot n'est ni écrit ni prononcé, il va de soi que la mère d'Henry, la belle Adele, souffre d'une dépression nerveuse, ou de quelque chose qui y ressemble beaucoup. Et c'est dans la justesse des émotions et des relations au sein de cette famille monoparentale - décomposée plus que recomposée - que s'impose la force du récit. Joyce Maynard parvient, avec une sincérité étonnante, à décrire la manière dont se joue la vie avec une personne plus que fragile. D'autant plus que le récit est raconté du point de vue d'Henry, un pré-adolescent obsédé par les filles et les mutations de son corps. L'une des questions qui est posée dans ce Long week-end serait indubitablement : comment, à cet âge là, un enfant peut-il appréhender et gérer la maladie (ou le trouble) de quelqu'un de si cher ? Dans le roman, d'autres personnes font des apparitions, parfois éclairs, jamais anecdotiques : dans un temps qui paraît très lointain, Adele avait une amie, Evelyn. Celle-ci a un fils, handicapé physique et mental. Au cours de quelques pages, Joyce Maynard peint avec brio la relation de cette autre mère célibataire avec son fils, la maladresse d'Henry avec ce compagnon d'infortune, ou encore l'incroyable talent de Franck pour prendre soin de lui. Certes, là n'est pas l'enjeu du roman, dont la trame reste la protection d'un évadé en cavale, mais le talent de Maynard pour brosser ces instants, ces regards, ces échanges et ces rapports humains est remarquable. On aurait aimé que ce Long week-end ne soit pas si court...
Hugo
A lire :
Joyce Maynard - Long week-end
Philippe Rey - 2010 - 285 p. - 19 €








